Maude Gauthier – Expliquer l’aphasie

Travail universitaire de Maude Gauthier, étudiante en orthophonie à l’Université de Montréal.

Un agent répond à un appel : un individu semble désorienté, erre dans un immeuble en prononçant des jurons et ne parvient pas à justifier sa présence. Perdu? Intoxiqué? En crise? C’est par cette mise en situation que Maude Gauthier nous invite à considérer une autre explication : et si la personne avait simplement de la difficulté à communiquer? L’aphasie est une atteinte de la capacité à parler, à comprendre, à lire ou à écrire, le plus souvent causée par un AVC, et elle se manifeste différemment chez chaque personne.

La vidéo insiste sur un point essentiel : l’aphasie ne touche pas l’intelligence. Les personnes aphasiques savent ce qu’elles veulent dire; c’est la transmission de leurs idées qui est affectée. Le langage automatique — ces « bonjour », « merci » ou jurons qui sortent spontanément, parfois hors contexte — peut créer des malentendus lourds de conséquences, notamment lors d’une interaction avec des agents de sûreté ou des policiers qui ne reconnaissent pas le trouble.

Pour éviter ces situations, la vidéo présente l’approche SCA (conversation assistée pour les adultes atteints d’aphasie) : reconnaître la compétence de la personne et l’aider à la révéler en levant les barrières à la communication. Concrètement : parler lentement avec des phrases courtes et des gestes, utiliser des supports visuels, poser une question à la fois à réponse oui/non, laisser du temps, vérifier sa compréhension en la reformulant — et ne jamais faire semblant d’avoir compris.

Transcription

Vous répondez à un appel pour un individu qui semble désorienté et qui se promène dans un immeuble en utilisant des jurons. En arrivant sur place, l’individu ne parvient pas à vous justifier sa présence. Il reste silencieux et prononce quelques jurons. Quelle est votre première impression? Il semble perdu, confus, sous l’influence de substances. Peut-être qu’il a des enjeux de santé mentale. Vous décidez donc de l’escorter, en supposant que sa présence ici n’est pas justifiée. Y aurait-il d’autres explications possibles? Et si la personne avait plutôt de la difficulté à communiquer?

L’aphasie est une atteinte de la capacité à parler, à comprendre, à lire ou à écrire. L’aphasie est souvent causée par un accident vasculaire cérébral, mais elle peut aussi survenir à la suite d’autres incidents ou maladies qui causent des lésions au cerveau. Selon la zone et la grandeur de la lésion, l’aphasie se manifeste différemment chez chaque personne, les difficultés pouvant aller de chercher plus souvent ses mots à ne produire aucun mot verbalement.

L’aphasie ne touche pas l’intelligence de la personne. Les personnes aphasiques savent ce qu’elles veulent dire. Ce qui est affecté, c’est la manière de transmettre leurs idées : c’est le langage. Parfois, la personne aphasique ne parvient pas à dire des mots volontairement, mais elle dit spontanément des expressions courantes. C’est ce qu’on appelle le langage automatique. Les personnes aphasiques peuvent dire bonjour, merci ou encore des jurons sans même y penser, parfois dans des contextes inappropriés.

Les difficultés de communication peuvent être dangereuses pour la personne aphasique, puisqu’elle peut non seulement avoir de la difficulté à s’exprimer en général, mais aussi à expliquer son aphasie, en plus d’utiliser le langage automatique à des moments inadéquats. Cela peut causer des malentendus importants, tels que lors d’une confrontation avec des agents de sûreté ou de police. Revenons maintenant à la scène du début. La sensibilisation à l’aphasie est essentielle pour éviter ces malentendus.

Dans une telle situation, vous pouvez utiliser des stratégies de communication. L’approche SCA, ou conversation assistée pour les adultes atteints d’aphasie, a pour but de reconnaître la compétence de la personne, en lui assurant que nous savons qu’elle sait ce qu’elle veut dire, et de l’aider à révéler cette compétence en éliminant autant que possible les barrières à la communication.

Pour transmettre un message, parlez lentement et utilisez des phrases courtes et des gestes. Des supports visuels peuvent aussi aider à se faire comprendre. Éliminez les distractions autant que possible. N’oubliez pas de rester naturel et de ne pas infantiliser la personne aphasique.

Pour obtenir le message, posez des questions qui se répondent par oui ou non, et posez une seule question à la fois. Vous pouvez demander de pointer des objets ou des images, ou encore d’écrire des mots-clés. Assurez-vous de lui laisser assez de temps pour répondre. Vérifiez votre compréhension en réitérant sa réponse et en lui demandant de la confirmer. Il ne faut jamais faire semblant de comprendre sa réponse. Pensez à utiliser les techniques précédentes pour favoriser une meilleure communication.

Les personnes aphasiques ont droit à la communication et au respect, comme tous. Lorsque vous reconnaissez les caractéristiques de l’aphasie, soyez patients et pensez à appliquer les stratégies de communication.

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